Marthe Hautebar
Femme et résistante
1887 - 1939
Il était une femme
Elle s'appelle Marthe
Marthe Hautebar naît le 20 mars 1887 à Lys-lez-Lannoy, dans le Nord de la France.
En 1921, elle épouse Eugène Tournemaine et s’installe à Sailly-lez-Lannoy, où le couple élève ses deux filles, Clara et Bernadette. Marthe y travaille comme frangeuse, un métier du textile caractéristique de la région, et mène une existence simple, rythmée par la vie familiale et le travail.
Rien ne la destine alors à entrer dans l’Histoire. Pourtant, lorsque la guerre bouleverse la France et que l’Occupation s’installe, elle fera un choix qui révélera une détermination et un courage exceptionnels.
1939 - 1942
Le choix du courage
Au cœur de la Seconde Guerre mondiale et de l’Occupation, Marthe Hautebar fait le choix de l’engagement
Elle rejoint les réseaux dits d’« évasion », ces organisations clandestines qui portent assistance aux soldats alliés et organisent leur fuite hors des territoires occupés.
Par l’intermédiaire de douaniers français engagés dans la Résistance, elle accueille régulièrement chez elle des aviateurs et soldats britanniques perdus derrière les lignes ennemies. Sa maison devient alors un refuge discret, un lieu de passage vers la liberté.
Chaque accueil, chaque nuit passée à cacher un fugitif expose Marthe à la mort et celle de sa famille. Pourtant, comme tant d’autres femmes de la Résistance, elle agit avec détermination, dans l’ombre, convaincue que la liberté mérite d’être défendue au prix du risque. Son courage devient la première arme contre l'oppression.
1942 - 1944
L'enfer de Ravensbrück
En 1942 Marthe est dénoncée, arrêtée puis déportée
En juin 1942, la Gestapo arrête Marthe à son domicile et l'enferme à la prison de Loos. Quelques jours plus tard c'est au tour de ses deux filles, Clara et Bernadette, d'être arrêtées. Confrontée à ses filles lors d'interrogatoires violents, torturée, Marthe garde le silence et son courage.
Sans revoir ses filles qui seront relâchées après plusieurs mois d'enfermement et de maltraitance, elle est déportée au camps de concentration de Ravensbrück.
Elle y meurt de maladie en décembre 1994, quelques mois avant la libération du camp.
Marthe Hautebar est aujourd'hui encore le témoin des nombreuses victimes de l'opération "Nuit et Brouillard" ordonnant la déportation de tous les ennemis ou opposants du Troisième Reich, dans le secret total et l'anonymat.
1945-1970
Le combat contre l'oubli
Une mémoire conquise : le combat pour la reconnaissance
Lorsque la France est enfin libérée, l’espoir renaît pour les familles des déportés. Clara, la fille de Marthe Hautebar, refuse de croire à l’absence définitive. Pendant des semaines, elle parcourt les gares du Nord, guettant chaque train de rapatriés. Sur les quais, parmi les silhouettes épuisées qui reviennent des camps, elle espère reconnaître le visage de sa mère.
Marthe ne reviendra pas.
Commence alors un autre combat, plus long et plus silencieux : celui de la reconnaissance. Clara se bat pour que le sacrifice de sa mère ne soit pas oublié et que son engagement dans la Résistance soit officiellement reconnu par la Nation.
Ses démarches finissent par aboutir. Marthe Hautebar est décorée à titre posthume Chevalier de la Légion d’honneur, reçoit la Croix de guerre avec palme ainsi que la Médaille de la Résistance française, distinctions qui viennent saluer son courage et son engagement face à l’Occupation.
Son action est également reconnue au-delà des frontières. Le Royaume-Uni lui décerne le Certificat de la Force Expéditionnaire Alliée, remis « comme une marque de gratitude et d’appréciation pour l’aide apportée aux marins, soldats et aviateurs de la communauté des Nations britanniques, qui leur permit de s’échapper ou d’éviter la capture par l’ennemi ».
À une époque où la place des femmes dans la Résistance demeure encore largement méconnue et rarement mise en lumière, le courage de Marthe Hautebar aurait pu disparaître dans les marges de l’Histoire.
S’il nous est aujourd’hui transmis, c’est grâce à la détermination inlassable de sa fille Clara, qui pendant des décennies a refusé que le nom et l’engagement de sa mère sombrent dans l’oubli.
1970-2024
L'entrée dans l'Histoire
La reconnaissance d'une héroïne
En 1970, la mairie de Sailly-lez-Lannoy inaugure la rue Marthe Hautebar.
Le choix n’est pas anodin : c’est la rue qui mène à l’école qui est retenue. Un geste symbolique, qui inscrit son souvenir au cœur du quotidien et affirme une volonté claire — transmettre aux plus jeunes le sens du courage, de l’engagement et le devoir de ne jamais oublier.
Aujourd’hui encore, Marthe Hautebar demeure une figure essentielle des initiatives de mémoire vivante et de réflexion citoyenne menées auprès des jeunes dans la commune et sur le territoire.
Son histoire continue d’être racontée, non seulement pour honorer le passé, mais aussi pour rappeler aux nouvelles générations que la liberté et la dignité exigent vigilance et courage.
2024 -
80 ans plus tard, le courage de continuer
Faire vivre le courage aujourd'hui
Aujourd’hui, l’héritage de Marthe Hautebar ne se limite pas au souvenir d’une résistante.
C'est un point de départ pour encourager l’engagement citoyen et rappeler que le courage individuel peut changer le cours des choses. Il rappelle que le courage féminin a trop souvent été relégué aux marges de l’Histoire.
À travers le Réseau du Courage Marthe Hautebar, son nom devient le symbole d’une volonté claire : redonner aux femmes la place qui leur revient dans les récits de courage, d’engagement et de résistance.
Le réseau agit pour mettre en lumière celles qui, hier comme aujourd’hui, refusent l’indifférence et prennent des risques pour défendre la liberté, la dignité et la justice.
Cette ambition s’incarne notamment dans le Prix du Courage Marthe Hautebar, qui distingue des femmes dont l’engagement prolonge, à leur manière, l’esprit de résistance qui animait Marthe.
Faire vivre l’héritage de Marthe Hautebar aujourd’hui, c’est affirmer que le courage n’appartient ni au passé ni à un seul genre : il se transmet, se partage et continue de s’incarner dans les combats de notre temps.
